Création 2006

IN-EX-OR-ABLE

pour orgue

de Bernard LEUTHEREAU

 

 

Le compositeur :

Après des études d’écriture, d’histoire de la musique, de musicologie, de piano, Bernard LEUTHEREAU, professeur certifié et agrégé, a enseigné dans les Conservatoires Municipaux de Musique de Sarcelles et de Persan. Titulaire à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Versailles, centre de Cergy, où il dirige l’ensemble vocal « Harmonie du Soir », il continue à entretenir sa passion pour la composition. Publié aux éditions Combre, Rideau Rouge, Fuzeau, il a également reçu des commandes, notamment de l’ADIAM 95 (Forum Départemental des Ecoles de Musique). Une grande partie de son catalogue d’une cinquantaine d’œuvres est dédiée à la musique de chambre ou à des instruments solistes. Il a aussi écrit trois œuvres orchestrales : LUMEN (1986 pour orchestre, Structures Baschet, chœur et récitant),  PREVERTIADES (1993 pour orchestre et chœur), BEARNAISES (1996 pour orchestre et chœur). Depuis un an et demi, il se consacre à l’étude de l’orgue. Philippe BARDON, titulaire à la Cathédrale St Maclou de Pontoise, jouera pour la première fois le 14/5/2006 l’œuvre qu’il a commandée au compositeur, spécifiquement dédiée à l’instrument.

 

 

L’œuvre : « In-Ex-Or-Able » (durée : environ 20 minutes).

 

« Habituellement, le titre d’une oeuvre vient souvent après qu’on l’ait écrite. Pour le cas présent, c’est le contraire : avant même d’avoir commencé à griffonner des notes sur du papier à musique, l’adjectif « INEXORABLE » s’est imposé à moi sans que j’en connaisse très précisément la raison. Ouvrant un dictionnaire des synonymes,  je trouve « implacable, fatal, inéluctable, inévitable, fixé, obligatoire, assuré, incontournable ». Toute cela semble terrifiant si l’on considère que l’inexorable n’est porteur que très mauvaises choses… J’avais pourtant songé à « Inexorable » en toute quiétude.

Cette première approche abordée, j’ai décidé de diviser l’œuvre en quatre parties à peu près égales, dont chacune serait portée par une syllabe propre : IN, puis EX, puis OR, puis ABLE… Il ne restait plus qu’à écrire, le plus long était à faire.

 

1er mouvement : IN

On dit toujours que l’orgue est un instrument polyphonique. Dans ce premier mouvement, le successif interdit le simultané. Pas d’accord, pas d’harmonie… Uniquement une voix à la fois, je m’autorise à changer de timbres, mais jamais à en superposer. De plus, les lettres I et N ont une correspondance musicale de deux notes qui sont La et Fa. Le début de ce premier mouvement s’installe donc sur l’intervalle de tierce majeure descendante, celle de la berceuse… Et si nous arrivions à nous souvenir de nos premières écoutes, nous serions surpris de constater qu’elles remontent à la voix maternelle qui, dans toutes les traditions musicales, transmet à son enfant le message de bienvenue au monde par cet intervalle.

 

2ème  mouvement : EX

Il s’ouvre par une polyphonie à 4 voix suivie d’un chant en valeurs longues au pédalier (Cantus firmus). Ce cantus firmus traverse ensuite l’ensemble du mouvement et les suivants par des apparitions rythmiques différentes qui le rendent presque méconnaissable. Une évolution dynamique porte l’ensemble vers la notion de bruit qui nappe progressivement le discours jusqu’au « triomphe » inattendu de l’accord parfait, à la fin de la pièce. Le titre de « EX » est justifié en relation avec des réminiscences mélodiques fugitives de BACH, et des notes si b, la, do, si bécarre, qui sont les correspondances musicales du nom du compositeur allemand.

 

3ème  mouvement : OR

Ce mouvement privilégie des coloris de jeux d’orgue riches en harmoniques aigues, créateurs de correspondances visuelles telles que la perception de métaux précieux comme l’or.

 

4ème mouvement : ABLE

L’élément « Able » vient du latin, qui signifie « qui peut être » ou « qui donne », ou « enclin à ». En anglais, « to be able », veut dire « être capable de ».

Au début de ce mouvement, le pédalier commence une citation presque à la lettre du thème du « Dies Irae » (séquence de la Messe des Morts), jugulée dans sa poursuite par des commentaires atonaux qui en minent la modalité. L’idée d’inexorabilité reprend alors le dessus par des motifs circulaires incessants qui conduisent peu à peu la tension à son paroxysme (de grands clusters en plein jeu). Un silence s’installe alors, suivi d’une « Coda »de l’âme, qui s’élève dans l’extrême aigu, avec une texture qui s’affine.

A la fin du mouvement, l’effet de « souffle » produit par le frottement de deux sons dans l’extrême grave du pédalier (soubasse 16) doit être pensé comme une question plutôt qu’une cadence conclusive ».

 

Bernard Leuthereau

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