BATON DE PLUIE        MUSIQUES PLAISIR ?

MANIPULATION, GESTE MUSICAL

De la manipulation au geste musical

(fiche pédagogique «écoute », tous cycles)

 

Tous cycles confondus, la nécessité d’une véritable éducation auditive dépasse largement l’étroit cadre musical dans laquelle elle semble rester enchâssée. Evidemment, comme l’aurait dit Monsieur de la Palice, la musique se prête bien à l’écoute... mais elle n’est pas la seule. Car, nous savons désormais que l’implication de la fonction auditive est à la base de l’acquisition progressive du langage, et plus globalement, de la communication sociale. Emettre des intonations, des phonèmes, des mots et des phrases, découle d’un acte initial, volontaire et analytique : écouter. Mais nous pourrions étendre cette constatation à d’autres domaines sans atteindre l’exhaustivité.

Faire découvrir aux enfants la valeur fondamentale de l’écoute par une batterie de moyens vivants et diversifiés demeure de la responsabilité de l’instituteur. Car personne, mieux que lui, n’est à même de suivre l’élève, entre trois et onze ans, dans sa globalité individuelle.

« Un éveil de l’écoute musicale consiste à multiplier les raisons d’écouter. Le meilleur moyen, je pense, de motiver l’audition, est de la fonder sur une expérience de production ». François DELALANDE, in : La Musique est un jeu d’enfant, ed. Buchet-Chastel.

 

Niveaux : toutes sections.

Objectif : Passer de la manipulation «anarchique » au geste musical, par l’intermédiaire de l’écoute attentive.

Situation : Des objets sonores sont disposés sur des tapis de caoutchouc : casseroles, verres, récipients divers, de tailles, formes et matières différentes, fioles, bidons, compte-gouttes, incitateurs, etc. Ils contiennent de l’eau.

1ère consigne : chaque enfant sélectionne un seule et même objet. Pendant cinq minutes, il doit recenser tous les gestes possibles de production sonore (ex : secouer, remuer, souffler, transvaser, agiter...). Puis, à tour de rôle, chacun montre ses trouvailles.

2ème consigne : Sélectionner un objet et partir à la recherche d’un son intéressant (notion subjective, mais suffisamment « explicite » pour qu’elle puisse induire une recherche en terme d’originalité). Enregistrer dans le silence chaque enfant. Puis, rembobiner la cassette à partir de n’importe quel endroit : celui qui « se reconnaît » rejoue en même temps.

3ème consigne : A partir des objets sonores sélectionnés par les enfants, effectuer un travail de production en groupe :
faire tous ensemble.
faire en petits groupes, par enchaînements.
faire des gestes lents.
faire des gestes rapides.
faire des gestes de plus en plus lents.
faire des gestes de plus en plus rapides.
faire des gestes forts.
faire des gestes faibles.
Il est intéressant que le meneur soit un enfant : les gestes de direction ne seront plus plaqués à partir d’un modèle, mais générés par le besoin de se faire comprendre.

4ème consigne : Tuilages (ou fondus enchaînés).
On constitue trois familles de timbre, par exemple :

famille 1 : timbres obtenus par soufflement
famille 2 : timbres obtenus par secouement
famille 3 : timbres obtenus par transvasement

On détermine, à l’écoute, laquelle de ces trois familles produit des bruits d’amplitude plus faible (ici, on conviendra que c’est la famille 2). Puis, au signal du meneur, les trois familles émettent ensemble (entre A et B sur le croquis) : les familles 1 et 3 s’interrompent ensuite de manière progressive afin de faire émerger la famille 2 (en B), puis les trois familles dialoguent à nouveau (à partir du point C sur le croquis). C’est la technique du fondu enchaîné par tuilage.

            A                  B               C                      

Famille 1 ____________ ..................... ___________________

Famille 2 _____________________________________________

Famille 3 ____________ ..................... ___________________

5ème consigne : Trame et émergences

La trame est une sorte de « tapis sonore » continu, ininterrompu, que l’on choisira le plus neutre possible (pensons à quelques cigales émettant très faiblement avant le lever du soleil). Sur cette trame (par exemple : mains brassant l’eau faiblement dans des récipients), émergeront dans le temps quelques timbres originaux : gargouillis fugitifs, verres percutés par une mailloche, tuyaux soufflés dans l’eau, etc. L’organisation de cet assemblage demandera à être soignée : pour éviter des juxtapositions brutales ou des enchaînements sans transition, on veillera à induire un climat réel d’écoute. De plus, on fixera une durée obligée de jeu : trois minutes par exemple. Cette séquence sera enregistrée et commentée. Pour qu’elle soit magique, donc belle à réécouter, il faudra qu’elle ne soit pas parasitée par des bruits extérieurs.

Dès le passage à l’écoute de la bande sonore, on aura intérêt à mettre l’enfant en situation d’auto-évaluation, afin de lui permettre de développer son sens critique et expliciter ses jugements de valeur.

N.B. : Pour les petites sections, il sera judicieux de transformer le vocabulaire des consignes 4 et 5 par une histoire imagée, fixant les esprits sur des choses bien moins abstraites.

 

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