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BATON DE PLUIE MANIPULATION, GESTE MUSICAL
Des musiques pour le plaisir ? (réflexion pédagogique sur l’écoute)
C’est dans le cadre d’une certaine forme de rituel que l’on peut favoriser, dès le plus jeune âge, le goût pour l’écoute de musiques... L’œil n’est-il pas lui-même sollicité très tôt par les images, les couleurs, les formes ? Le nez par les odeurs, la langue par les saveurs ? De même que la lecture de contes, par l’adulte, peut susciter chez l’enfant un désir naissant d’accession au code, la programmation en leitmotiv de moments d’écoute « gratuite » (1) développera un appétit sonore dont nul ne peut, à l’heure actuelle, mesurer toutes les conséquences positives. A cet égard, qu’il me soit permis ici d’illustrer ce propos par la narration d’un événement parfaitement authentique, vécu en 1985. A cette époque, j’animais dans la classe d’une institutrice de moyenne section, des séquences d’éducation musicale répondant à un projet d’école. En outre, nous avions décidé d’un commun accord, que des moments musicaux d’écoute rythmeraient quotidiennement la vie affective de l’enfant. Au cours d’une de ces plages, nous fîmes découvrir aux jeunes oreilles l’introduction de l’Histoire du Soldat, d’Igor Stravinski (extrait narratif : un récitant déclame rythmiquement un texte comportant des mots clés illustrés par un ensemble instrumental. Ex : « a beaucoup marché » est accompagné par un mouvement continu de marche). Quelque temps plus tard, à la première audition d’un passage de Petrouchka, du même compositeur, une fillette de quatre ans et demi lança soudainement le mot « soldat », dont nous ne pûmes immédiatement déceler l’intérêt. En fait, par cette exclamation, l’enfant prouvait qu’elle avait reconnu le style de Stravinski (notamment son orchestration si typique). Le rapprochement mental entre les deux extraits (l ‘Histoire du Soldat, et Petrouchka) ne pouvait résulter de l’accoutumance, puisque les morceaux préalablement écoutés avaient été nombreux et variés, et que Petrouchka venait d’être diffusé pour la première fois. A moins que le hasard y fut pour quelque chose (ce dont je doute), une hypothèse se dessinait alors : plus le milieu auditif serait riche, plus des systèmes évolués d’analyse d’informations s’installeraient en profondeur, de manière naturelle, chez l’enfant (comparaison, classement, recherche de sens, etc.). Ayant vérifié depuis, en maintes occasions, la validité de cette hypothèse, je puis désormais affirmer qu’elle m’apparaît démontrée par l’expérience. L’acte d’écoute, que de nombreux littérateurs, scientifiques et philosophes ont épluché et décrit habilement, est d’une complexité telle qu’il n’a jamais pu, en réalité, être appréhendé sous un angle synergique. D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? Deux sujets dotés des mêmes potentialités auditives retiennent-ils les mêmes paroles de l’orateur charismatique ? de l’universitaire éloquent ? du conférencier hésitant ? Ces différences d’écoute, liées à la psychologie de chaque « écoutant », ne découlent-elles pas également du cadre formel enchâssant le message du locuteur (attitudes, tenue vestimentaire, allure corporelle, caractère de la voix, acoustique de la salle, taille du groupe) ? De nombreux hommes politiques répondent affirmativement à cette question en joignant le geste à la parole : les conseillers en communication dont ils s’entourent privilégient le sens de la forme au point que l’on peut douter de la valeur persuasive des arguments exprimés publiquement... Quittant la métaphore, je n’irai pas jusqu'à penser que la qualité des musiques écoutées n’a aucune importance. Loin de là ! Elle est primordiale et sera d’autant plus gratifiante (pour l’enfant et pour le pédagogue) qu’elle émergera d’un « conditionnement » réfléchi. Le mot « conditionnement » pouvant prêter à une interprétation péjorative, je le remplace, par « forme ». La forme Il ne s’agit pas ici de forme musicale, mais de l’ensemble des paramètres qui concourent à l’existence d’un climat d’écoute valorisant. Avec ses intonations et ses courbes, la voix de l’adulte sait, lorsqu’elle le désire, se montrer calmante, rassurante, fatigante, agressive... Trop théâtrale, elle n’attirerait l’attention que sur elle-même. Les attitudes, postures, mimiques, traduisent également le calme ou l’excitation. Connaissons-nous à cent pour cent cet ensemble de signes que nous communiquons volontairement ou non aux enfants ? N’avons-nous pas réfléchi à leur valeur ? N’avons-nous pas remarqué que lorsque nous ne sommes pas sereins, les enfants éprouvent des difficultés à se concentrer ? La préparation à l’écoute passe par la diminution et l’extinction des tensions physiques et psychiques. La relaxation (adaptée à l’âge du public) est une pratique qui ne peut qu’avoir des effets bénéfiques. De plus en plus d’instituteurs et professeurs y font appel... D’ailleurs, point n’est besoin d’être professionnel en la matière pour arriver à ses fins : quelques paroles émises sur un ton volontairement monocorde... un local approprié sans réverbération de bruits extérieurs, des rideaux tamisant la lumière du jour, des tapis, et un peu d’espace. Si, personnellement, je fais pratiquer les premiers exercices de détente corporelle en position couchée, je ne systématise pas cette tendance avant chaque audition. Se relaxer en position debout ou assis devient peu à peu un acte naturel, dont la durée, progressivement, se fait de moins en moins longue (cette diminution de temps étant inversement proportionnelle à la qualité de l’attention...). Le rituel est un acte d’essence mystique qui échappe à toute explication raisonnée. J’utilise donc le moins possible de mots et le plus de signes « magiques » dont le code sera toujours déterminé en fonction du groupe concerné... Baudelaire a dit : « L’art est mystique ou n’est pas art »... En plein accord avec cette maxime, je ne fais que rechercher une attitude d’écoute de même nature que l’essence des musiques. Enfin, le rituel a la fâcheuse tendance à devenir ennuyeux, s’il est systématisé à l’extrême. Je préfère donc le faire varier au gré de la grande diversité de l’inspiration. Le fond Il est parfaitement naturel que nous soyons plus sensibles, individuellement, à certaines tendances musicales. Pour certains, ce sera le jazz, pour d’autres le folk, les musiques orientales, le reggae, le rap, la musique classique, le contemporain, la variété, le grégorien, et. Nos tendances ne sont-elles pas le résultat d’une intense activité opératoire (addition, soustraction, multiplication, division) vécue au gré de multiples expériences sensorielles et affectives remontant à l’enfance ? Ces musiques devront, lors de leur première diffusion, n’être écoutées que pour elles-mêmes. Lors des rediffusions, elles pourront donner lieu à des exploitations pédagogiques diverses. Je n’aborderai pas ce chapitre ici... Cerner la notion de plaisir esthétique est une entreprise bien périlleuse, car ce plaisir n’est ni épicurien, ni analytique. En attendant, pourquoi ne pas suivre les conseils du renard proposant au Petit Prince de se faire apprivoiser par ce dernier ? Les musiques ne créeraient-elles pas des liens avec ceux qui veulent bien leur prêter attention sensible ? « Ecoute gratuite » : ma définition personnelle en est la suivante à Toute audition pure, étrangère à la notion de réinvestissement pédagogique immédiat. Elle a pour but la découverte libre, la familiarisation... conditions préalables à toute activité analytique, volontaire ou involontaire.
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